En un peu plus de trente ans, de 1979 à nos jours, les Transmusicales ont réussi le tour de force de devenir le festival international de la découverte, sorte de passage obligé, de porte secrète offrant aux artistes un raccourci sur le long chemin de la reconnaissance. À l’inverse des autres festivals, mastodontes de l’été tels que les Vieilles charrues ou les Eurockéennes pour rester dans l’hexagone, l’événement rennais n’a donc jamais cessé de relever le pari de convaincre son public avec des affiches… sans têtes d’affiche. Certes, on y put croiser quelques vieilles gloires sur le retour (les Fugees, Beastie Boys…) ou des reformations événement (Kraftwerk). Mais la recette est là, vieille de 30 ans et toujours aussi efficace. Un subtile mélange de talents locaux, de stars internationales qui s’ignorent encore et de compagnons de route dont on ne compte plus les passages sur la scène des Transmusicales

La question est donc : parmi les groupes de légende des trois dernières décennies, quel groupe n’a jamais joué aux Transmusicales ? Bien sûr, il faudrait plusieurs mains pour les compter, mais l’interrogation vaut pour que le néophyte saisisse toute l’importance du festival breton dans l’histoire musicale contemporaine. De même, parmi toutes ces gloires d’aujourd’hui, les Mano Negra, Massive Attack et autre Ben Harper, rares sont les réputations qui à l’époque de leur programmation à Rennes avaient dépassé le stade du bruissement médiatique. Ainsi de Portishead (un maxi au compteur), de Leny Kravitz (son premier album Let love rule venait tout juste de sortir) et plus récemment des Ting tings (un malheureux single à valoir).

Créées par des Rennais, pour des Rennais et avec des talents Rennais, les Transmusicales n’abandonneront jamais l’idée que le choc de la première fois vaut mille fois le chic d’un artiste déjà consacré. L’histoire des Transmusicales, c’est un peu l’histoire de la montée en puissance d’un talent résidant autant chez les programmateurs que les programmés.

Passées les trois premières éditions à coloration rennaise, le festival va progressivement, par cercles concentriques et spirales stylistiques, élargir son horizon musical. De la seule salle de la Cité à une géographie multipliant les points lumineux (Ubu, Liberté, Espace, Antipode, Aire Libre), au niveau des lieux. De Rennes à la France, de la France à l’Europe, et de l’Europe à la planète, pour la programmation. De l’anonymat à la gloire, des premiers concerts aux éternels retours, enfin. Comme pour souligner que les Transmusicales, c’est une longue histoire d’amitié et de confiance réciproque, avec les artistes mais aussi le public.

De la vague punk des origines à tous les dérivés du rock, via le rap et la world music, la grande boucle sera bouclée une première fois à l’aube des années 90 avec le tsunami techno et les fameuses soirées Planète, où l’on crut revoir planer l’esprit frondeur des débuts. Mais la musique est comme une spirale en éternel recommencement.
Jean-Baptiste Gandon            

 

  1. Acte de naissance

Créé pour venir financièrement en aide à l’association organisatrice de concerts Terrapin, le festival se déroule sur deux jours, au mois de juin, salle de la Cité. Les groupes rennais brillent sur l’affiche dessinée par Pierre Fablet. Une seconde édition n’est pas à l’ordre du jour…

 

  1. L’Internationale belge

Les Transmusicales disent oui à l’Europe. Le label belge Cramed disc révèle Minimal compact à la France. Son leader Samy Birnbach (Dj Morpheus) va devenir un résident quasiment permanent du festival. Arno, l’autre Belge de l’étape, attendra l’année suivante pour prendre Rennes d’assaut avec TC Matic.

 

  1. Les Anglais débarquent !

The Falls (malgré une otite de son extravagant chanteur Mark E Smith) et les Chevalier Brothers assurent le show, mais l’Angleterre restera pour les Trans’ une nation de musique parmi d’autres.

 

  1. Joyeux bordel

La soirée du 20 décembre restera à jamais gravée dans la mémoire des spectateurs présents dans la salle de la Cité ce soir-là. Au programme : bataille rangée entre les artistes, les spectateurs et même quelques organisateurs, ainsi qu’un nez cassé pour le chanteur fêlé de Sigue Sigue Spoutnik.

 

  1. Transhumance

Le Festival investit trois nouveaux lieux : l’Ubu, la salle Omnisports et le Grand Huit. Daho est de retour et invite ses compains (Elli Medeiros, Les Avions…).

 

  1. C’est ça les Transmusicales

Alors que Rennes a peur place de la mairie avec le Royal Deluxe, et que des inconnus venus de L.A, The Fishbones, arrachent tout sur leur passage, d’autres illustrent anonymes jamais sortis de Manchester ont droit à cinq rappels à l’Ubu. Leur nom ? Yargo.

 

  1. Tiercé gagnant

On va reprendre en chœur leurs chansons pendant les vingt années à venir mais ils l’ignorent encore. Les Négresses vertes et leur petit combi de la même couleur, la Mano Negra et les Ted’s Red (Têtes raides) lancent la nouvelle vague de la chanson française. On en oublierait presque la mutine et lutine islandaise  qui illumine les Transmusicales avec les Sugarcubes. Elle s’appelle Björk. Séquence émotion, enfin, avec le gentleman chamane Moondog, malgré un mouvement d’humeur de l’Orchestre de la ville qui doit l’accompagner. Au fait, les Transmusicales ont 10 ans. Déjà…

  1. Coup de blues cool

Bo Diddley vient à Rennes les mains dans les poches, avec sa guitare Gladiator quand même. Un mec cool auteur de Let love rule fait rouler l’amour à l’Ubu. Vingt ans plus tard, il n’a pas oublié.

 

  1. Melting pop

Hip-hop (I Am). Pop (The La’s). Indus (Von Magnet). Punk (Stereo Mc’s). New Orleans (The Rebirth brass band)… Les Trans’ sont œcuméniques, que demande le pape ? Le nombre de groupes à l’affiche affole quant à lui les chroniqueurs. Ils sont 60. Ah oui : concert extraordinaire de FFF. Ah oui : premier DJ à l’affiche, Dolce vita, arrivant de Lausanne en Suisse. Sans se presser quoi.

 

  1. Vitesse de croisière

Nirvana et Kezia Jones, Zebda et MC Solar… Le public en a plus que jamais pour ses oreilles. Ils vient désormais aux Transmusicales les yeux fermés pour les ouvrir en grand.

 

  1. J’ai fait une rave

Les Transmusicales retrouvent dans la musique électronique l’esprit punk des origines (DJ Jack, DJ Lewis, The Orb…). À noter pour l’anecdote : Pavement et Sonic Youth sont également programmés, et la musique bretonne a droit de Cité avec Denez Prigent.

 

  1. Choc sur choc

Björk. Les Rita Mitsouko. Ben Harper. Morphine. Une programmation de rêve, de stars à naître. Mad Professor, Orbital et Carl Cox continuent quant à eux de nous faire raver.

 

  1. Apothéose

Portishead et Massive Attack font souffler une brise venue de Bristol sur le festival. Celle-ci deviendra un ouragan trip hop. The Prodigy est prodigieux.

 

  1. Grand éc’art

L’art du grand écart du festival s’illustre à merveille avec Yann Tiersen, Big soul et Daft punk. Et Garbage… Et Alan Stivell… Et Spain… Et Bim Sherman… Et DJ Shadow… Et The Chemical Brothers… Et Saint-Germain… Et Laurent Garnier. Le label On U-Sound profite quant à lui de l’occasion pour fêter ses 15 ans.

 

  1. 25 ans, ça s’entend

Les Transes soufflent leurs 25 bougies, mais contrairement à la tradition, ce sont elles qui offrent les cadeaux. Trois invités surprises, des revenants alors au sommet de leur art : Ben Harper, Beth Gibbons (chanteuse de Portishead) sur scène avec Le Peuple de l’herbe, et Kezia Jones. On n’attendait pas non plus le public des Bérurier noir aussi nombreux. Le Liberté s’en souviendra longtemps et ça tombe bien il en profite pour entamer une cure de jeunesse. Les Trans s’envolent au Parc Expo…