Hier disquaire de Rennes visionnaire, Hervé Bordier est aujourd’hui le programmateur du festival Rio Loco à Toulouse. Le créateur des TransMusicales y a élargi son horizon rock aux musiques du monde. Interview croisée entre hier et aujourd’hui, le nord et le sud.

1 / Votre parcours est long, mais pouvez-vous tenter un résumé ?

Mon histoire a commencé à Rennes, dans le courant des années 1970. J’ai été embauché à Disc 2000, un magasin spécialisé dans la musique américaine et anglaise, même si le créateur de la boutique venait plus du jazz et de Saint-Germain-des-Près. Quoiqu’il en soit, Disc 2000 est devenu le bastion de la ville, toute la jeunesse rennaise y défilait, et c’est comme ça que j’ai rencontré mes futurs partenaires des TransMusicales.

De fil en aiguille, j’ai commencé à organiser des concerts. Le premier, c’était Alan Stivell en 1971, pour la sortie de son premier album solo. Ça se passait au Régent, un cinéma de la rue Papu. Tiens, cela ne s’invente pas, voilà Glenn Jégou (le monsieur musique bretonne de Rennes, ndlr) qui essaye de me joindre, il a du entendre le nom d’Alan Stivell…

2 / Et donc ?

J’ai continué à organiser des concerts. J’ai monté une association, Terrapin, en hommage à Syd Barrett. Il y avait déjà une vraie scène musicale à Rennes dans les années 1970. Il s’agissait surtout de groupes de bal qui faisaient des reprises de standards du rock. Les TransMusicales ont été créées pour donner une scène à ces groupes-là. Dans ma tête, il s’agissait d’une édition « one shot », sans lendemain, mais un article dithyrambique écrit par un journaliste de Libé a changé l’histoire des Trans… Je suis monté à Paris où j’ai rencontré les groupes des éditions suivantes : Théo Hakola, Mona Soyouz (Kas Produkt) ou Stéfan Eicher sont devenus des compagnons de route du festival.

Il est important de noter que l’équipe des Trans a été bénévole jusque dans les années 1990. Je suis précisément revenu à Rennes pour mettre en place l’association TransMusicales, en 1990. 1990 est une année très importante dans l’histoire des TransMusicales.

3 / Et après Rennes ?

J’ai été directeur de l’Aéronef à Lille, puis responsable national et international de la fête de la musique. Je suis arrivé à Toulouse en 2011 pour participer à la création du Métronum, une mini salle de la Cité, ou plutôt un mix entre les missions du Jardin Moderne et d’A.T.M (association TransMusicales). Je tiens beaucoup à cette vision de lieu partagé, et je ne suis toujours pas convaincu par le format Smac et la pensée unique.

Enfin, je suis depuis 2011 le programmateur du festival de musiques du monde Rio Loco.

4 / Entre la ville rock et la ville rose, votre cœur balance ?

 Il y a également une grande diversité à Toulouse, à l’image de ses nombreuses associations organisatrices de concerts. Chacune des deux villes a sa propre histoire. Celle de Rennes est très influencée par les années 1980, les TransMusicales et l’Ubu. À Toulouse, il y a l’empreinte de Claude Nougaro et de Zebda, le rôle de premier plan de la salle le Bikini… Surtout, c’est une ville qui sait se réinventer. Pour parler du présent, toute une scène a émergé sur les rives de la Garonne depuis 3 ou 4 ans. Je n’ai pas l’impression que Rennes soit en capacité artistique de sortir de nouveaux groupes. Comme si la ville était prisonnière d’une certaine nostalgie. Moi, je m’en suis échappé en 1995.

5 / Est-ce difficile de passer des TransMusicales à la Fête de la musique ?

Bien au contraire, organiser la Fête de la musique m’a appris l’intérêt général, et aussi à réfléchir sur les frontières entre musiques amateures et professionnelles. Et je ne suis pas peu fier d’avoir organisé cet événement « so french » à New-York. Rétrospectivement, je constate que j’ai toujours fait mes choix de carrière en fonction de critères comme le partage, le passage, la transmission… Des notions présentes dans l’appellation TransMusicales, un nom que j’ai moi-même trouvé.

6 / Quelques mots sur l’édition 2016 de Rio Loco ?

J’en suis le programmateur depuis 2011, mais le festival a déjà 20 ans. L’urbain que je suis n’a pu qu’être fasciné par son site sublime : des prairies situées en plein centre ville ! En tant que programmateur, j’ai abordé la lusophonie, les Antilles et les Caraïbes. Pour boucler la boucle avec Alan Stivell, l’édition 2016 nous a emmené à la rencontre des mondes celtes. À l’affiche également : le Rennais Olivier Mellano pour son projet « No Land » avec Brendan Perry (Dead Can Dance et le bagad de Cesson-Sévigné), les Bretons Miossec, Patrick Molard, Denez, Erik Marchand & Bojan Z… Un grand mix entre tradition et modernité, entre occitanie et celtitude.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Gandon

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