Après une pause de plus de trente ans, Les Nus ont remis leur habit de lumière à la faveur d’une reformation, un soir de TransMusicales 2013. La légende est de nouveau en marche, Johnny peut fourbir sa colère et le chanteur Christian Dargelos nous faire part de son enchantement.

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« Sans la reprise de ‘Johnny Colère’ par Noir Désir, il n’y aurait pas eu de second album. » Le décor est posé, clair comme de l’eau de rock : si Les Nus n’avaient pas été les idoles du célèbre groupe bordelais, l’histoire se serait arrêtée là, sur un coup d’essai « raté » et un premier album non assumé. « Elle est parue en 1986 sur ‘Tostaky’, à mon sens le meilleur album de Noir désir. Dès lors, les Nus ont cessé d’être un groupe de scène ayant raté son disque, ou encore un satellite de Marquis de Sade. »

Les Nus pour les nuls

Pour la petite histoire, les non initiés ont longtemps cru que les Nus étaient les élèves et Noir Dés’ le maître… Et pour la grande anecdote : « Nous jouions dans un festival à côté de Bordeaux. Les Dogs et Gun club étaient notamment à l’affiche. À la fin du concert, quatre jeunes mecs et une nana sont venus me voir, me donnant rendez-vous le lendemain matin dans le hall de mon hôtel. Ils étaient bien là, ponctuels. Nous nous sommes rendus dans une maison à côté de Bègles. Il y avait un studio aménagé dans une cave. » Christian Dargelos revient sur ce sentiment étrange qui l’étreint encore, rétrospectivement : «  C’est drôle, pour eux, nous étions Led Zep’, c’est-à-dire des Dieux. Au final, nous avons joué une heure, ils connaissaient notre album par cœur ! » Fin de l’histoire ? « Je les ai loupé aux TransMusicales en 1986, mais par chance, ils sont revenus à l’Ubu en février suivant. » Fin de l’histoire ? « Cinq ou six ans plus tard, j’ai appris qu’ils voulaient reprendre Les Yeux. » Ce sera Johnny Colère : « Noir Désir, c’est le groupe français le plus important de l’histoire du rock, ça peur relancer une carrière. »

À l’origine du groupe Marquis de Sade et des Nus, Christian Dargelos est à Londres, en 1976, dans le creuset du No Futur, là où se dessine alors l’avenir du rock. « J’ai vu les Sex Pistols au Nashville, un gros pub de Londres, les Wana Warners de Joe Strummer, les Heartbreakers de Johnny Thunders, The Cure et Siouxie and Banshees… » Londres est alors un melting pot rock bouillonnant, prise d’une folie furieuse pour le moins contagieuse. « Les seuls que je n’ai pas vus, ce sont les Clash. » Ma plus grosse claque ? « Sans hésiter les Stranglers, dans une cave de Covent Garden. Jean-Jacques Burnel est celui qui m’a le plus impressionné, sans doute parce que comme lui, je suis bassiste et chanteur. »

L’appel de Londres et, avec la marée montante, la vague New wave qui finira par s’abattre sur Rennes. « Hervé Bordier a par exemple fait rapidement découvrir The Cure aux Rennais. À cette époque, toute la musique de l’ouest est alors concentrée à Rennes. »

 

Johnny Colère en couleur

« Il fallait les refaire… » Réenregistrer L’étrange vie, ce titre « à mi-chemin entre les Doors et les Stranglers », Le Mime hurlant, Johnny Colère et tous ces titres délavés par un premier enregistrement sans couleurs. L’occasion de faire d’une pierre qui roule deux coups en y ajoutant des titres maquettés de longue date, mais néanmoins inédits.

« En 2013, nous nous sommes reformés pour un concert à l’Ubu, histoire de rigoler un peu. Jean-Louis Brossard a voulu nous intégrer à la programmation des TransMusicales et nous offrir la scène du MusikHall, mais pour nous, la marche était trop grande… Nous avons finalement opté pour un concert à l’Ubu, en hommage à notre ami et membre des Nus, Frédéric Renaud. » Présent dans la salle, Étienne Daho encense les idoles. Il réalisera Les Années Reagan, pas rengaine pour deux sons. Enregistré en deux jours au studio Cocoon de Vern-sur-Seiche, ce deuxième album lui aussi éponyme reçoit de bonnes critiques, ce qui « répare un peu les dégâts causés par le premier. » L’occasion d’y redécouvrir un « Johnny Colère » plus sauvage que jamais, un « Clown » toujours aussi triste, et au final, du rock dans toute sa splendeur, « noir et tendu », résume Christian Dargelos. « Nous sommes bien dans l’univers des Nus, quelque part entre Nino Rota et les Stranglers. »

 

2017, l’année des Nus

Écrit juste après la révolution iranienne, La force de l’Islam rencontre aujourd’hui l’étrange écho de l’actualité : « Je suis conscient de cette possible ambiguïté. Cette chanson parle certes du fanatisme, mais aussi du magnétisme de cette religion, y compris dans le rock occidental. Je pense au ‘Killing an arab’ des Cure, au ‘Paint it black’ des Stones, au ‘Kashmeer’ de Led Zeppelin. J’adore la musique orientale, on peut également l’entendre entre les lignes de ‘Johnny Colère’. »

2016… « Le train est remis en marche, et les récentes critiques m’ont donné envie d’un 3e album. J’ai encore quelques textes et bribes de musique dans mes tiroirs. Des vieilles choses mais ce n’est pas grave, notre musique est intemporelle. » Pour quand ce 3e Nus ? « 2017 ». Une nouvelle qui fera tomber les fans des nues.

Jean-Baptiste Gandon

À suivre : un nouvel album en 2017.

« La reprise de Johnny Colère est parue en 1986 sur ‘Tostaky’, à mon sens le meilleur album de Noir désir. Dès lors, les Nus ont cessé d’être un groupe de scène ayant raté son disque, ou encore un satellite de Marquis de Sade. »

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