Bordier, Brossard, Macé ; le trio fondateur des Trans Musicales était en fait… un quatuor. Surnommé « Ubu », Jean-René Courtès a toujours préféré les coulisses au devant de la scène. Coup de projecteur sur cet éternel agitateur.

 « Salut Ubu ! », s’exclame Béatrice Macé lorsqu’elle croise Jean-René Courtès. Rockeurs de la première heure, anciens gauchistes…, ils sont encore une poignée à l’appeler ainsi. « Une minorité éclairée », rigole Jean-René. Ce surnom écho au héros d’Alfred Jarry lui vient à la fois de son admiration pour le groupe de rock américain Père Ubu, et des positions qu’il défendait au sein de la Ligue Communiste entre 1968 et 1973. « Ils voulaient construire un parti d’élite, alors que je me situais plutôt entre Rosa Luxembourg et les libertaires. Ils considéraient mes idées comme ubuesques. »

Jean-René Courtès est né à Rennes en 1952, mais ses origines sont bigoudènes : père marin-pêcheur, mère ouvrière à la conserverie du Guilvinec. Un terreau favorable à l’engagement. Membre du Collectif rennais antimilitariste (CRAM), Jean-René participe à la rubrique « Tribunal Permanent des Forces Armées » du tout jeune journal Libération qui agrège à l’époque moult aspirants révolutionnaires. L’étudiant en droit se forge un bagage intellectuel à défaut de diplômes. « Je ne pense pas en avoir, je ne suis jamais allé les chercher. J’ai eu mon UER de tarot à l’actuel Sablier. »

 

Homme orchestre

1976 année éclectique : Hervé Bordier fonde Terrapin, association organisatrice de concerts ; Jean-René Courtès est embauché à la librairie libertaire Le Monde en Marche. Rue Vasselot, il développe un rayon fanzines, BD, musique, « trucs alternos culinaires importés des Pays-Bas »… S’il connaissait déjà Hervé Bordier, disquaire à Disc 2000, Jean-René rencontre Jean-Louis Brossard et Béatrice Macé à la librairie. Tous se retrouvent à Terrapin. « On n’y connaissait rien. On fonctionnait vraiment à l’énergie. » Bordier s’appuie sur le sens politique de Jean-René pour faire comprendre à la nouvelle municipalité élue en 1977 qu’il faut soutenir le rock à Rennes. « Avec les associations Actualité du Monde Libre (Pierre Fablet), Elipse (Etienne Daho)…, on a établi un rapport de forces avec la Ville. » Qui a débouché sur les Trans Musicales en 1979. Il reste dix ans à la tête des Trans, d’abord comme président bénévole de Terrapin (parallèlement à son activité de libraire) puis comme directeur général salarié de 1986 à 1989.

En 1992, il participe avec Alan Gac à développer le label Rosebud. Dans la foulée, il monte Help Kane, structure de management,de booking et de distribution des groupes locaux. Jamais à court d’énergie, Jean-René crée son propre label, Kerig, en 1994. Malgré de beaux succès (Casse-Pipe, Clam’s, Billy Ze Kick…), la crise du disque a raison des aventures musicales de Jean-René Courtès à l’aube du 21e siècle. Il se reconvertit alors dans la brocante, et continue paisiblement sa vie de bric et de rock.

Eric Prévert

 

Leave a Reply