Deux ans après l’e.p. « Bile jaune », Darcy continue de cracher son venin rock dans la langue de Bertrand Cantat. Les récents faits d’actualité semblent donner raison au groupe rennais qui vient de sortir ses griffes avec « Tigre » : il y a urgence.

 

Mardi 11 septembre 2001, quelque part sur terre, dans les airs, et dans les Hertz… Nous sommes en début d’après-midi, entre Rennes et Caen, sur France Inter pour être précis. L’animateur radio est pour le coup radieux d’annoncer en avant-première le nouveau single de Noir Désir, extrait de l’album « Des visages, des figures » à paraître le lendemain : « Ça y est, le grand incendie… New-York city… Emergency… Sortez la grande échelle. » Pour la petite et triste histoire, la diffusion du morceau sera interrompue par une annonce surréaliste, et finalement authentique : des avions viennent de viser les Twin Towers en plein cœur de New-York. Tout cela pour dire qu’il y a des signes qui ne trompent pas, des intuitions aussi fortes qu’une bombe à neutrons, des prémonitions aussi dévastatrices qu’une caisse de munitions…

 

La brigade du Tigre

Grands fans de Noir Dés’, les musiciens de Darcy étaient encore verts à l’époque. La colère en mode « Bile jaune », leur 1er E.P paru en 2011, était encore loin d’exploser pour atterrir dans les bacs, et les jeunes Buffalo Bill ne savaient pas encore que l’Histoire avec une grande hache viendrait un jour se mêler du destin du groupe rennais : « Nous aurions dû faire l’Olympia, en 1ère partie de Papa Roach », confirme Irvin Tollemer pour le groupe. Programmé deux jours après les attentats du Bataclan, le concert sera finalement annulé… Plutôt que d’un coup de pouce du destin, on parlera de croche-pied. Mais Darcy est resté debout, et les « événements » ont même permis au groupe de s’endurcir, confirmé dans la légitimité de ses textes engagés, et de ses instruments enragés.

 

 

Paru en octobre dernier sur le label Verycords et distribué par Warner, le premier album de Darcy confirme nos intuitions. Racé et lardé de coups de griffes, « Tigre » réaffirme au passage cette absolue nécessité pour le groupe rennais de chanter en Français. Après avoir multiplié les 1ères parties de prestige (No One is innocent, Mass Hysteria, Luke…), Irvin Tollemer et consorts n’ont pas envie de s’arrêter en si bon chemin. Hard-rock’n’roll façon Motorhead ou en mode métal américain, le groupe n’oublie pas non plus sa filiation directe avec les hordes punk-rock françaises. « Darcy en n’est qu’aux balbutiements. Nous avons passé avec succès le test des 1ères parties des grands frères, et nous pouvons désormais voir plus loin. » Sur le retour du français dans les musiques actuelles : « ce n’est pas encore vérifiable pour le rock, mais c’est incontestable pour la pop : des groupes comme La femme, Les pirouettes, Cléa Vincent et bien sûr Fauve ont rallumé la mèche, c’est une bonne chose. À Rennes, quelqu’un comme Romain Baousson (Bikini Machine, Sonic, Volontiers…) fait énormément progresser les musiques actuelles. »

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« Armageddon », « Justice », « Mitraillette », « Paris »… Les titres « coup de poing » se succèdent en rafale, pour le plus grand plaisir posthume des Kalashnikov. À l’image des images pas sages et un brin sulfureuses du clip « Paris », Darcy n’hésite pas à revendiquer et à mettre la société contemporaine et ses leaders au pied du mur. Pleinement engagée dans la lutte, Irvin Tollemer continue quant à lui de bomber le torse dans son Bombers kaki. « Le lendemain des attentats, nous jouions à la maison, c’est-à-dire à l’Ubu. Nous avons retiré « Mitraillette » de notre set-list, mais nous avons joué Paris deux fois. » L’histoire se répète-t-elle toujours deux fois ? Pas sûr… Après avoir frôlé l’Olympia, Darcy pourrait bien cette fois grimper au sommet de l’Olympe.

Jean-Baptiste Gandon

 

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