Nul n’est prophète en son pays et il faut venir à Rennes pour rencontrer le spécialiste des musiques traditionnelles mongoles. Ne cherchez pas sa yourte, posée quelque part au milieu de la Prévalaye, Johanni Curtet habite dans un appartement, et c’est un peu par accident que le Manceau s’est retrouvé au beau milieu des steppes de l’Altaï.

Racontée par le principal intéressé, l’histoire est même drôle : « J’ai d’abord voulu faire du rock, comme guitariste et comme chanteur, mais mes amis m’ont supplié de lâcher le micro. Je me suis alors transformé en human beat box, mais cela agaçait ma mère. »
Jamais deux sans trois ! « Et puis, je suis tombé par hasard sur une démonstration de chant diphonique à la TV. J’ai été fasciné par Tran Quang Hai, qui réussissait à faire deux notes en même temps avec sa bouche. J’ai voulu l’imiter. »
Johanni Curtet entame des études de musicologie à Rennes 2, et inaugure à partir de 2004, une longue série d’allers-retours entre Rennes et Oulan Bator. « Là-bas, j’ai travaillé avec des maitres du chant diphonique, mais au-delà, je voulais apprendre leur langue, leur culture. »
Également membre du groupe Meïkhâneh, le diphoneur soutient sa thèse consacrée au chant traditionnel khöömi en 2013, puis passe à l’enseignement.
« J’interviens depuis 8 ans à l’Université Rennes 2 ou à la Cité de la musique. J’avoue que je suis de plus en plus sollicité : par les associations françaises ou les festivals, pour donner des cours ou des conférences, ça n’arrête pas ! »

Nomindari Shagdarsüren, alter ego de Johanni Curtet © Tran Quang Hai

Le khöömi : un chant hors du commun

Rencontrée en 2009, son alter ego mongole se nomme Nomindari Shagdarsüren.
« Quand j’ai rencontré Johanni, je travaillais pour l’UNESCO au recensement du patrimoine culturel immatériel de mon pays, se souvient elle. Le khöömi, c’est un peu l’équivalent du fest-noz en Bretagne. »
Ensemble, au sein de l’association Routes nomades, il ont tracé leur sillon et collecté ce patrimoine menacé de tomber dans l’oubli. « Le chant diphonique est très varié d’une région à l’autre de la Mongolie, mais aussi d’une personne à l’autre. Or, nous nous sommes aperçu qu’il n’y avait eu aucun travail de documentation sur le sujet, expliquant sa complexité et sa richesse. »
Parue sur le label Buda musique, leur Anthologie est une première mondiale. Composée de 43 titres, celle-ci « n’a rien d’un best-of ou d’une compilation. Je parlerais plutôt d’un atlas regroupant des professionnels et des amateurs, des femmes et des jeunes, des célébrités et des anonymes, des bergers et des mineurs… »
Voyage au cœur de la Mongolie millénaire, ce double album est enfin voulu comme « un objet tout public, enrichi par un livret étoffé et des vidéos en ligne. »
« En 10 ans, j’ai rencontré environ 400 musiciens. Certains d’entre eux ne savaient pas qu’ils avaient été publiés sur un disque. Derrière cela, il y a les idées de diffusion et de transmission »,
conclut Johanni Curtet.

Tournée Anthologie du khöömi Mongol, Festival Harmonie des Steppes, Arvillard, 2016 © Routes Nomades
Entre 500 et 800 Mongols habiteraient à Rennes, soit 20 % de la communauté française estimée à 4000 personnes. On se plait à imaginer des Trans’ mongoliennes, menées en musique et à un train d’enfer, entre Rennes et Oulan Bator. Quoiqu’il advienne, son premier ambassadeur fera tout pour que la voix de gorge n’arrive jamais dans une voie de garage.

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