L’histoire du musicien originaire d’Amiens avec le TNB promet de s’écrire au-delà des classiques partitions. Faux dilettante et touche-à-tout, sieur Albin est familier des performances et réalise aussi des films fantômes.

« Chuis un peu intimidé. En gros, j’vais parler d’moi. A l’heure actuelle, je suis auteur, compositeur, interprète. Chanteur quoi ! » Pantalon vert batracien, cheveux en bataille et yeux pétillants, Albin l’Eleu de la Simone n’a pas son pareil pour mettre son auditoire dans la poche, en l’occurrence l’équipe du TNB. « J’allais pas prendre un pseudo alors que mon nom ressemble à un pseudo. » La veille, il s’est produit à Mythos où il a joué « L’Un de nous » son nouvel album tout juste paru (le cinquième depuis 2003).

Déjà deux décennies d’activité pour l’artiste de 46 ans qui est aussi compositeur, arrangeur, accompagnateur pour des dizaines d’autres : Vanessa Paradis, Dick Annegarn, Jeanne Cherhal, Miossec, Jean-Louis Murat, Vincent Delerm, Jean-Louis Aubert, Alain Souchon, Raphael, Brigitte, Keren Ann, Salif Keita, Angélique Kidjo, Shaka Ponk, Iggy Pop… « J’ai essayé de rester moi-même avec des projets qui me ressemblent … ou pas. »

En roues libres

« Mon père était musicien amateur, clarinettiste de jazz New-Orleans. Moi je voulais être musicien de jazz contemporain. » Objecteur de conscience au Label Bleu d’Amiens, il retranscrit les partitions d’Henri Texier, Michel Portal. Le pianiste de formation s’est « vraiment imaginé jazzman ». Mais bientôt, il éprouve un « besoin de liberté », les textes lui manquent. Il rencontre Katerine, M, Mathieu Boogaerts, Arthur H… et à 30 ans il écrit sa première chanson. « Mais je suis laborieux dans l’écriture. Je ne sors que les chansons que j’ai réussi à finir. Et je m’intéresse à d’autres disciplines moins codées, la chanson étant régie par une industrie qui vend des objets, même si ça ne m’a jamais conditionné dans mon travail. »

S’il confie qu ‘il se produira au TNB en duo avec Keren Ann lors du festival Mettre en Scène en novembre, ce sont aussi d’autres projets (incertains) qui l’amènent ici. « A Orléans, Arthur [Nauzyciel] m’avait invité pour des lectures d’Allen Ginsberg. Il voyait en moi une bizarrerie qui me reliait à lui. C’est vrai que j’adore parler de jambes coupées, de drogues dures… A chaque concert, je reprends une chanson étrange. Sans lien apparent avec mon répertoire, ça fait pourtant partie de ma culture. »

Arthur Nauzyciel, directeur du TNB

Pas étonnant qu’Albin de la Simone ait inventé les Films Fantômes. « Entre exposition, concert et spectacle, on raconte aux spectateurs une dizaine de films que j’ai inventés. Ma filmothèque idéale, en quelque sorte : de l’auteur français au blockbuster américain en passant par La Chèvre. Par l’oreille, on se fait des images. Les élèves de l’école d’arts plastiques où j’ai étudié à Tournai (Belgique) ont d’ailleurs imaginé des œuvres à partir de ces films. » Albin apprécie les grands écarts où pointent les passerelles. « Secouer, bousculer. Aller où l’on n’est pas habitué à aller. Initier des projets ou en attraper d’autres qui sont en recherche de développement. Car on a du mal à décloisonner. »

Eric Prévert

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